Mots-clefs

, , , ,

anthropophage-700Alienor Oval est une auteure qui fait son petit bonhomme de chemin bien tranquillement et bien sagement. Généralement, on trouve ses écrits distillés de façon régulière sur le site Short Edition, 18 nouvelles parues à cette heure avec pas mal de places d’honneur et des titres ronflants… D’ailleurs, on peut même lire certains de ses poèmes dans dans Revue 17 secondes aux numéros 5 et 6…

Mais alors qui est cette femme qui se dit être une femme enfant plutôt rêveuse ? Qui se cache derrière cette plume ?

Mon bob, mon boxer short, ma pelle et mon râteau, retour illico presto dans le bac à sable de la compagnie de l’Ivre-Book avec cette auteure, une histoire de sucreries et de compagnies de cannibales… Entre autre dans l’œsophage…

Ne me dites pas que vous avez osé remettre ça ? Anthropophage, rien que le nom déjà, je l’écris au ralenti sur le clavier, votre truc là ? Ne me dites pas que vous mangez les gens ? Si ? Niveau alimentaire, vous en êtes où ?

Alienor OVAL : Anthropophage, le mot peut faire peur, il évoque le tabou ultime, logé dans les recoins de l’esprit, dans les zones sombres où l’on va rarement de son plein gré. C’est un mot froid, précis, qui tranche comme une morsure, et masque la chaleur de la chair humaine, sa pulsation, son goût, tout comme le personnage du roman, une femme qui, derrière le visage lisse d’une paisible mère de famille, est submergée par une pulsion dévorante, le désir irrépressible de manger de la chair humaine. Elle tente de retrouver La sensation, celle du rêve fait à l’âge de six ans où le goût de la chair humaine emplissait sa bouche, dans toute sa rondeur, sa douceur aussi, dans l’épaisseur de l’enfance. Comme mon personnage, j’ai rêvé, fillette, une nuit, que je mangeais de la chair humaine, et quand je convoque ce souvenir, j’en retrouve instantanément le goût et la texture tels que je les imaginais alors. Ce goût fantasmé m’intrigue, mais pas jusqu’à l’obsession, et, cher Fabrice, je n’ai, pour l’instant, mangé personne, ce qui devrait rassurer les lecteurs, et surtout mes proches ! Je suis toujours dans les goûts de l’enfance, de la douceur en bouche dans la ouate des souvenirs, la soupe au lait de mon grand-oncle au goût inimitable, les fraises, les framboises, les pêches, les tomates cueillies dans le jardin, et croquées encore toutes brûlantes de soleil, dans la chaleur écrasante de l’été, les bonbons d’antan, roudoudous qui abîment les lèvres, caraneiges, et autres cristaux pétillants qui éclatent en crépitant sur la langue, et puis aussi le thé noir, amer, brûlant que je bois lorsque j’écris.

On se disait avec Marcel, il se reconnaîtra tout seul, il a des tendances à des introspections bizarres, vous finalement, de fracasser du cervelet, c’est votre dada ? Ne dites pas pourquoi, on sait… Là, l’histoire, où emmenez vous le lecteur ? C’est quoi les strates lectures ?

11414807_804781582954377_1227675563_nA.O : Dans Anthropophage, la pulsion fait partie intégrante de la vie de mon personnage. La pulsion est vivante, elle cannibalise son hôte, envahit le quotidien. Anthropophage est un roman sur les pulsions, la façon dont elles nous submergent et dont nous luttons, parfois avec maladresse, mais sans relâche, pour les contenir. La pulsion nous définit-elle ? Nous domine-telle ? Cette femme qui tente de surmonter des pulsions qui l’envahissent avec une sourde violence, par amour pour son mari, pour son fils, surtout, pour ne pas les blesser, jamais je ne la nomme. Elle est celui qui se reconnaît dans cette lutte acharnée pour vaincre ses pulsions destructrices, pour préserver son intégrité, se sauver et sauver les siens. Mais, dans quelle mesure peut-on protéger ceux que l’on aime de soi-même ?

Le lecteur, j’ai envie de l’emmener là où il ne serait pas allé spontanément, de lui faire entrevoir ces espaces où la lumière et l’obscurité se côtoient, où l’amour jaillit avec plus de vigueur, loin de tout a priori, fort de la fragilité des êtres. L’amour absolu pour un enfant est-il plus fort qu’une pulsion omniprésente ? Lorsqu’on est hors de tout cadre connu, dépourvu de tout repère, privé du recours à la confidence salvatrice, il ne reste plus qu’à faire face, avec courage, à ses propres démons, à tenter de les vaincre, avec, pour seule arme, un amour inconditionnel. Elle s’interroge. Et si, malgré des efforts de chaque instant, elle cédait à son désir de manger de la chair humaine, ferait-elle encore partie de l’humanité ?

3) Finalement, cette envie cannibale de dévorer la toile, vous aussi, vous brûlez des rétines ? Ça fait longtemps que ça vous arrive ? Succube ? Sorcière ? Harpie ? J’en ai d’autres.

A.O : Adolescente, j’écrivais des poèmes, de textes assez sombres déjà, mais j’ai tout brûlé, je n’ai rien conservé. Ensuite, j’ai commencé à peindre, des peintures oniriques, surréalistes pour la plupart, mais une fois de plus, j’en ai fait un joli feu de joie dans le jardin. J’ai étudié, pendant plusieurs années, au Chelsea College of Art and Design à Londres. Tout au long de ces années, j’ai travaillé la matière, c’était passionnant. J’ai repris l’écriture il y a tout juste quelques années. Entre le travail et mes quatre enfants, j’écris surtout la nuit, dans ces heures en creux que j’affectionne tout particulièrement. Des images en clair obscur, des univers sombres à la beauté nue m’imprègnent, et je les laisse s’écouler hors de moi, dans mes écrits. J’aime l’idée de les partager, qu’ils soient lus, et l’instantanéité de la toile permet une vraie interaction avec les lecteurs.

Succube ? Sorcière ? Harpie ? Hum, pas vraiment, non. Même quand j’écris des textes qui font froid dans le dos, je le fais toujours avec douceur. J’ai gardé mon regard d’enfant, je contemple l’invisible, et les images qui naissent en moi inspirent mes textes. En ce moment, je travaille sur un recueil de nouvelles sur des tueurs aux univers sombres et extravagants, et je peux vous assurer, Fabrice, que je me régale.

Et pour ceux qui veulent en savoir plus :

Une femme habitée par des pulsions anthropophages s’efforce de mener une vie normale de fille, d’épouse et de mère. Depuis ce rêve à l’âge de 6 ans, la sensation la hante : retrouver le goût de la chair humaine. Son quotidien est partagé entre la violence de ses pulsions et sa tendresse de maman. En proie au doute quant à son identité même, ses racines, ce qu’elle peut transmettre à son propre enfant, elle avance avec l’espoir de ne pas succomber, de ne pas se perdre. Les pulsions nous dépassent-elles ? Pouvons-nous les dominer ? Et si nous y cédons, perdons-nous notre humanité ? Une nouvelle venue chez L’ivre-Book, un texte étrange sur le désir ? Sur la différence ? A vous de vous faire votre opinion.

A.O : C’est bon !

@2015 - Fabrice LIEGEOIS

(c) 2015 – Fabrice LIÉGEOIS

Publicités